Leyla Doriane

de Sherif Awad


Leyla Doriane


Je suis Franco-marocaine et je suis née à Bordeaux. Depuis toute petite, j’ai été attirée par l’art en général. La musique, la peinture, la danse, la comédie, ... Mes parents ne m’ont pas vraiment encouragé dans cette voie car ils la trouvaient trop superficielle et ils préféraient que je me consacre à mes études. D’ailleurs, je me suis lancée en tant que chanteuse très tardivement. J’ai d’abord fait des études de langues en Angleterre puis j’ai eu l’opportunité de signer avec une maison de disque à Paris, c’est là que tout a commencé.
Dans ma famille, on écoutait aussi bien Aznavour, Brel, du chaabi marocain, que Farid El Atrach, Oum Kalsoum et tous les films égyptiens en noir et blanc ont bercé mon enfance car ma maman les adorait. Petite, j’étais fascinée par Dalida car elle chantait en français et en arabe. Ce mélange des genres m’intriguait déjà. J’adorais regarder les films de Chaplin (les temps modernes, le dictateur...). J’ai ensuite découvert la pop et la soul. J’aimais écouter les grandes voix plus jeune mais aujourd’hui je préfère les voix qui racontent plus que les voix qui montrent. 
Je suis totalement auto-didacte. N’ayant pas eu des parents qui m’ont poussée dans cette voix, j’ai dû créer à partir de ce que je ressentais ou vivais. Cela me manque aujourd’hui de ne pas jouer du piano aussi bien que je le souhaiterais. Depuis peu, j’apprends la guitare et avant cela je me suis essayée au Oud.
Idem pour les cours de théâtre, j’ai commencé il y a quelques années et cela a été un véritable déclic pour moi. Aujourd’hui, j’aime autant chanter que jouer la comédie ! 
La célébrité n’est pas ce que je recherche. Peut-être quand j’étais petite et que je voulais être vue par mes parents en tant qu’artiste, mais aujourd’hui, je préfère être un artisan qui travaille son art, ses chansons pour qu’elles soient le plus authentique possible. J’aspire à voyager avec mon projet et le présenter sur scène à travers des festivals, des concerts ... Je travaille en permanence pour trouver mon identité avec des sons qui révèlent ma double culture comme une richesse et une valeur ajoutée. Je n’hésite pas à mélanger le oud avec des rythmiques electro et saturées par exemple.
Mon plus grand défit en tant que comédienne est de jouer des personnages dont on se fiche de savoir de quelles origines ils sont. J’aimerais jouer des femmes fortes, bouleversantes, folles, amoureuses, puissantes, détruites sans que l’origine ne soit un sujet. Les afro-américains ont mis du temps mais cela commence à être le cas. Quand on fait appel à des Forest Whitaker, Morgan Freeman ou encore Halle Berry, leurs origines n’est plus un sujet et c’est tant mieux car cela repousse les frontières pour tendre vers un monde où nous ne sommes qu’un et cela s’appelle l’humanité. Pour ma musique, j’ai la même ambition. D’ailleurs, je ne veux pas étiqueter  mon style comme « musique du monde » parce que je chante en arabe. Le fait que mes chansons soient écrites en arabe et en anglais m’est venu naturellement mais en aucun cas je voudrais être cataloguée comme telle. Il s’agit peut-être de pudeur ou de respect pour les grandes divas du monde arabe. Je suis incapable de chanter comme cela et honnêtement cela ne m’intéresse pas non plus. Ma version de Oum Kalsoum que j’ai voulu résolument pop s’éloigne de tous les codes du Tarab. Je me sens aussi française que marocaine, tout comme je me sens à la maison en Angleterre où j’ai gardé  des amis proches ou même en Italie Où j’ai vécu plus jeune. Vous voyez je suis vraiment une citoyenne du monde ! (Rires)
Je trouve que la musique n’a jamais été aussi effervescente et intéressante qu’aujourd’hui. D’un côté, la surconsommation via les plateformes de téléchargement peut-être un danger et tuer la musique si on ne fait pas attention au cadre et à la rémunération équitable des artistes. Cependant, cela permet des possibilités de découvertes infinies à portée de main. Grâce à ces nouveaux médias, je me suis cultivée et ouverte à des styles vers lesquels je ne serais jamais allée autrement. 
Aujourd’hui, j’espère arriver à concilier mes deux passions; la musique et l’acting. Je produis ma musique donc j’ai plusieurs casquettes qui ne sont pas toujours très faciles à porter pour un artiste. J’aimerais à moyen terme, trouver une structure qui pourrait m’épauler dans une collaboration harmonieuse et ainsi me consacrer pleinement et uniquement  à la création ! Inchaalah !