Isabelle Poinloup

de Sherif Awad

Salut !

C'est Isabelle Poinloup, artiste française...

Isabelle Poinloup

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours chanté, imaginé des mélodies, des histoires, des textes, des images. La légende familiale veut qu’à l’âge de 4 ans j’ai entendu Montserrat Caballé, 

chanter et que j’ai affirmé : « plus tard, je chanterai comme la dame. »

Je ne suis pas issue d’une famille d’artiste, mais ma mère avait toujours rêvé de faire du piano et n’avait pas pu et il y avait toujours de la musique à la maison. Je ne sais pas quelle est la part d’inné, la part due à mon environnement et la part de destin, mais je n’ai pas souvenir de ma vie sans musique. A 3 ans et demi, j’étais au jardin musical et à 5 ans, je commençais le piano. La musique est ma plus vieille amie et je chante comme je respire. J’ai écrit ma première chanson pour accompagner le livre que nous avions écrit et imprimé sur une vieille imprimerie Gutenberg avec ma classe de CM1 et qui a été présenté au salon du livre de Paris. J’avais 9 ans… A 14 ans, je montais sur scène pour chanter du blues pour la première fois en public lors d’une jam de fin de concert au festival de jazz de Taverny. Je n’ai jamais cessé de chanter depuis et je me sens beaucoup plus à l’aise sur scène ou en studio d’enregistrement que dans la vie de tous les jours…

-Mes modèles étaient des musiciens ou des écrivains : Walt Whitman, Baudelaire, Frank Zappa, Freddie Mercury, Liza Minnelli, Janis Joplin, Montserrat Caballé et Hector Berlioz sur qui j’ai fait mon Master et mon DEA et sur lequel je devais faire ma thèse… que je n’ai jamais faite car j’ai réussi le concours d’entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris et que je ne pouvais mener les deux de front…

-C’est la question… Devient-on artiste ? Est-ce déjà là à notre naissance ? Est-ce que cela prend vie en nous durant l’enfance ? Je n’en sais rien.  Par contre, pour ce qui est de la question : « Comment faire grandir l’artiste en vous ? Quelles études et quel apprentissage ? », je te répondrais qu’il existe un chemin différent pour chacun. Certains seront totalement autodidactes, d’autres passeront des années en cours, certains se découvriront sur le tard... Mon parcours a été un mélange des deux, d’apparence quelque peu anarchique vu de l’extérieur ! J’ai suivi une scolarité classique d’un côté et des cours de piano et de solfège de l’auteur, puis les cours de chant à partir de 19 ans. Après un bac littéraire, j’ai intégré la Sorbonne en musicologie puis le Conservatoire de Paris. En parallèle, j’ai eu la chance de pouvoir travailler l’analyse musicale et la composition avec Oswaldo González Antonio Lizausaba qui m’a ouvert les portes de la musique contemporaine et m’a permis de libérer mon langage musical et ma créativité.

Le reste, je l’ai appris en autodidacte : Photographie, MAO, mixage, mastering, basse, vidéo, montage, graphisme, création de site web. Je suis d’ailleurs en ce moment en train d’élargir mes horizons concernant la promotion marketing afin de développer une formation en ligne autour de la voix, de la créativité et de l’épanouissement individuel.

-Je pense que si ton but est d’être célèbre, si tu mises ton bonheur sur la célébrité, tu risques fort de ne jamais être heureux… En revanche, chercher à repousser ses limites, à se découvrir un peu plus chaque jour, trouver le bonheur en s’entourant de gens qui nous sont chers, qui grandiront avec nous et n’auront pas peur de nous dire les choses en face, ça, c’est important et toute cette période trouble de confinements l’aura bien prouvé. C’est le lien qui est important. La célébrité n’est que la cerise sur le gâteau seulement si la vie qu’on se construit est suffisamment épanouie pour pouvoir y faire face.

-Moins présentement qu’à mes débuts, même si c’est toujours compliqué pour une femme de se faire respecter dans le milieu musical français surtout, si, en plus, elle est chanteuse. Il y a encore un long chemin à parcourir. J’aimerais voir le jour arriver où je n’aurai plus droit à des regards surpris quand les musiciens que j’ai en face découvrent que je ne fais pas que chanter. Il m’a toujours semblé injuste de constater que, pour la seule raison que j’étais une femme, ce parcours créatif a été et est encore parsemé d'embûches ou de réflexions auxquelles mes homologues masculins n’ont jamais dû goûter,  comme lors de cette discussion avec un musicien à la sortie d’un concert en janvier 2020 avec mon groupe de rock Asylum4 dans lequel je suis chanteuse, claviériste, auteure et cocompositrice : « Elles sont super les compos du guitariste ! » « On écrit à deux en fait. » « Oui, mais c’est lui qui compose hein ! » « Non, on compose tous les deux... »

Et puis, il va bien falloir que nous retrouvions le pan d’histoire artistique perdu, que nous fassions ce travail de recherche. Lorsque j’ai fait de la musicologie, on ne nous parlait pas, ou juste en passant, des femmes compositrices… La musicologie appliquée aux femmes est très très jeune. Ill va falloir du temps et de l’engagement pour nous offrir enfin un passé sur lequel nous appuyer pour avancer.

Les défis à relever sont énormes pour qu’une visibilité mondiale des femmes créatrices voit enfin le jour. Mais nous en rêvons depuis tant de siècles… et nous sommes en si bon chemin… J’espère que nous continuerons d’avancer avec toujours plus d’hommes à nos côtés, car cette part d’histoire leur aussi été volée.

-Difficile de faire un état des lieux aujourd’hui après le rouleau compresseur de la pandémie. Beaucoup de lieux et de festivals ne s’en sont pas remis, beaucoup de mes collègues artistes ont jeté l’éponge. Il va falloir du temps pour soigner la blessure et je ne suis pas sûre qu’on en sorte indemne. Mon optimisme veut croire que nous en sortiront plus forts, que, par exemple, nous allons enfin en finir avec le centrisme parisien : la création est partout en France et pas seulement à Paris. Le fait de ne pouvoir bouger hors de sa ville ou de sa région pendant de longs mois aura mis en lumière le fait que là où il y a de l’humain, il y a de la création. J’aspire à un renouveau créatif, à un foisonnement, j’espère que ce besoin de vivre et d’exulter que nous ressentons en ce moment ne s’éteindra pas de sitôt et qu’il engendrera plus de créativité et donc l’ouverture de plus de lieux dédiés à l’expression de cette dernière, peu importe la forme qu’elle prend.

-Généralement, c’est la musique qui me vient en premier. J’aime jouer de plusieurs instruments car chaque instrument renouvelle la créativité et l’inspiration : on ne compose pas pareil avec un piano, une guitare, une basse, une batterie… Cela m’empêche de tomber dans une routine et de tourner en rond. Parfois, je n’ai pas le texte tout de suite. Pour ce dernier, une histoire, un son, une émotion, tout peut devenir déclencheur. Je n’écris pas vraiment des textes qui racontent une histoire, ce sont plus des émotions à fleur de peau ou des textes engagés, des cris de l’âme. J’aime travailler par image, j’aime ce travail poétique où le texte devient musique dans la musique. Je n’écris pas la même musique en français ou en anglais, la langue avec ses sonorités est déjà un instrument de musique en soit qui apporte une couleur bien particulière.

Pour ce qui est de la promotion : réseaux sociaux, mes nouveaux amis chronophages ! Sinon, j’essaie au maximum de rencontrer les gens : je crois au contact direct, à la rencontre. Après ces deux années d’enfermement, rencontrer les gens fait du bien, tout le monde en a besoin et le contact n’en est que plus facile.

-Je suis assez carrée. J’aime savoir où je vais et par conséquent ce que je vais devoir améliorer ou apprendre pour finaliser le travail.

Tout dépend de ce qu’on me demande, mais il y a une constante : que ce soit en tant que photographe, auteur, compositeur, chanteuse, ingé son, directrice artistique ou coach vocal : je définis les objectifs et les moyens à mettre en œuvre. Mais mon moteur c’est : Est-ce que ça me fait vibrer ? Plus jeune, j’acceptais tout et j’ai appris à devenir plus sélective pour pouvoir donner le meilleur de moi-même.

-Je suis sur plusieurs fronts (comme d’habitude, on ne se refait pas !). D’un côté, j’ai la mise en œuvre de cette formation autour de la voix qui me prend beaucoup de temps. Et puis, il y a Asylum4 mon groupe de rock : nous sommes en train d’écrire le deuxième album et cela va peut-être se faire en partie sur la route :  nous entamions une tournée lorsque le Covid est arrivé et que tout a été annulé et nous venons de signer avec un tourneur pour qu’enfin elle puisse avoir lieu. En parallèle, je développe un projet musical personnel où je fais tout de A à Z, King in Yellow, et je vais tourner dans la région de Nice avec un duo et un trio de jazz/blues, True Bypass Experience. Et la photographie me manque… donc je pense que mon appareil photo, qui se prénomme Dweezy, ne va pas tarder à reprendre du service…

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